VIA CAMPESINA



Déclaration de Tlaxcala concernant la Via Campesina

CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE LA VIA CAMPESINA, TLAXCALA, MEXIQUE, LE 18 AU 21 AVRIL, 1996


Déclaration de Tlaxcala concernant la Via Campesin

Nous, la Via Campesina, un mouvement auquel adhèrent des organisations agricoles et paysannes en provenance de toutes les régions du monde (l'Asie, l'Europe, les deux Amériques et l'Afrique) nous nous sommes réunis pour la deuxieme fois a Tlaxcala, Mexique dans le but de réaffirmer l'engagement que nous avons pris vis-à-vis de nos peuples et de leurs objectifs vitaux. Les représentants de 69 organisations venant de 37 pays différents se sont réunis du 18 au 21 avril, 1996. Aussi cette rencontre historique montre-t-elle le dynamisme dont fait preuve notre solidarité et de notre détermination à lutter pour défendre la terre et mettre en oeuvre de meilleures alternatives.

Pour pallier à l'environnement hostile sans cesse croissant dans lequel vivent les paysans et les petits agricultures du monde entier, nous avons décidé de relever le défi d'une manière collective. Nous devrons lutter contre les facteurs économiques et politiques détruisant nos moyens de subsistance, nos communautés, nos cultures et notre environnement naturel. Nous sommes déterminés à creer une économie rurale basee sur le respect de nous-mêmes et sur le respect de la terre toute entière, sur la souveraineté alimentaire et sur un commerce plus juste.

Nous nous engageons à soutenir le développement rural dans lequel la contribution des femmes dans la production de denrées alimentaires est importante et indéniable. Nous exigeons une véritable reforme agraire qui rendrait aux peuples autochtones leurs territoires et permettrait aux paysans sans terre et aux petits agriculteurs de contrôler la terre qu'ils travaillent et d'en devenir les propriétaies.

Le système économique néo-libéral qui prévaut à l'échelon mondial est la cause principale de l'appauvrissement croissant des agriculteurs et des ruraux en règle générale. Il est responsable de la destruction de la nature, de la terre, de l'eau, des plantes, de la faune et des ressources naturelles parce que toutes ces ressources vitales ne sont plus que les rouages de systèmes de production centralisés, de systèmes d'approvisionnement et de distribution des produits agricoles et ceci dans le cadre d'un système prônant un marché global.

Ce système économique considère la nature et les peuples comme un moyen générateur de profits. La concentration de toute cette richesse dans les mains d'une petite minorité astreint les agriculteurs du monde entier et a des retombées dramatiques. Fatalité inexorable... Les agriculteurs sont en voie de disparition.

Le fait que la terre, la richesse et le pouvoir ne soit l'affaire que de quelques gros proprietaires et de corporations multinationales ôte toute possibilité aux paysans et aux agriculteurs de contrôler leur destin.

Les politiques inhérentes au dumping social, la marginalisation et la pauvreté endémique dans les pays du tiers-monde sont des cas de figure que vient encore accroître le problème de la dette extérieure. Situation qui pour des millions de gens ne laisse plus aucun espoir. Sanitairement parlant, les services sont très déficients. De plus, l'oppression des minorités ethniques et des populations autochtones ne fait qu'aggraver les situations d'injustice et de frustration. L'incidence croissante et omniprésente du racisme en milieu rural est un fait inacceptable.

Nous ne pouvons pas tolérer ce déplacement continuel; l'urbanisation forcée et la repression des paysans. Nous denonçons fermement tout acte de violence perpétré contre les paysans. Nous reprouvons tout particulièrement le massacre brutal et tragique de 23 paysans bresiliens survenu le 17 avril 1996. Cette action terrible est un nouveau coup porté à ceux qui prônent la justice afin de les intimider.

Nous ne nous laisserons pas intimider. Nous déclarons dans le présent document que le 17 avril sera déclaré "journée internationale de protestation contre l'oppression des paysans du monde entier."

La conférence souligne que l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture organisera une réunion au sommet qui aura lieu au mois de novembre 1996 pour, à première vue, trouver des solutions au problème de la sous-alimentation et du manque de nourriture auxquels sont confrontés des millions de gens. Et aucune solution ne sera possible sans la participation active des cultivateurs. Les délégués ont par conséquent décidé que Via Campesina devra être représentée lors de cette réunion au sommet.

Nous denonçons les activités néo-libérales de la Banque Mondiale et du F.M.I., dont les politiques d'ajustement structurel continuent à imposer un prix excessivement élevé aux peuples pauvres et aux ruraux dans différents pays et c'est inacceptable. Étant donné ces politiques, les gouvernements des pays en voie de développement ne sont plus à même d'assurer les services en matière sociale. Au lieu de chercher une solution durable à la crise de la dette, ces politiques n'ont fait qu'empirer les choses. La plupart des dettes contractées ne peuvent pas être remboursées. La conférence exige que l'on annule ces dettes et que l'on laisse de côté le programme d'ajustement structurel pour se concentrer sur un développement rural national autonome. Les institutions financières internationales doivent devenir des institutions démocratiques au service de la plupart des gens afin de satisfaire leurs besoins réels.

La conférence déplore les négotiations engagées par les corporations multinationales pour avoir la main-mise sur les ressources génétiques. La Via Campesina s'opppose vigoureusement à ce procédé et sera très ferme à ce sujet lorsqu'elle prendra position lors de la conférence au sommet qui aura lieu a Leipzig au mois de juin, 1996.

La Via Campesina est tout à fait determinée à influencer l'organisation du commerce mondiale afin de promouvoir des changements aux accords commerciaux aujourd'hui en vigueur. Les accords commerciaux internationaux doivent prendre en compte tous les intérêts des paysans et des petits agriculteurs.

Les stratégies pour atteindre nos objectifs sont les suivantes :

( Mettre sur pied et renforcer des organisations régionales, notamment en Asie et en Afrique. ( Trouver des réponses appropriées au niveau régional face aux accords commerciaux bilateraux et inter-regions, et notamment : MERCOSUR, le TLCAN, APEC, etc... ( Faire part des objectifs de Via Campesina à la sphère internationale, autrement dit à la F.A.O., au F.M.I., à la Banque Mondiale, a l'O.M.C., etc... ( Encourager des rapports solidaires entre les organisations membres de Via Campesina. ( Promouvoir le travail relatif à l'organisation de réseaux entre les femmes des différentes organisations de Via Campesina. ( Créer des secrétariats opérationnels au niveau régional. ( Mettre en oeuvre des mécanismes internes et externes en matierè de communication, lesquels permettraient á Via Campesina de résoudre les problèmes à traiter d'une manière plus efficace. (à savoir une publication interne bimestrielle et les procédures nécessaires pour faire passer un communiqué de presse sur le réseau Internet). ( Le CC encouragera le travail relatif à l'organisation de réseaux entre les divers secteurs de production, entre les différentes régions et au niveau régional. ( Promouvoir des initiatives qui contribuent au développement du commerce juste avec une participation directe des producteurs et des consommateurs, en commençant par la campagne anti-dumping. ( Encourager un réseau de solidarité pouvant apporter des reponses et lutter contre les actes de violence perpértrés contre les paysans et les agriculteurs ; mouvement qui prendra encore plus d'ampleur si y participent les différents acteurs sociaux. ( Combattre le processus de privatisation des brévets en matière de génétique en créant des banques de semences pour les agriculteurs, en proposant des initiatives légales garantissant le patrimoine génétique, en éduquant et en avertissant sur les dangers que représentent la bioprospection.

Nous considérons que notre conférence de Tlaxcala, Mexique, représente un important pas en avant en matière de liberté, d'egalite et de justice pour les peuples du monde entier vivant en milieu rural.



La Trinidad, Tlaxcala, le 21 avril, 1996

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